Syndromes hémolytiques et urémiques de l’adulte

 

Syndromes hémolytiques et urémiques de l’adulteIntroduction :

Nous détaillons ici les caractéristiques et les données récentes concernant le syndrome hémolytique et urémique (SHU) de l’adulte, complétant ainsi le chapitre sur les microangiopathies thrombotiques récemment actualisé, et le chapitre sur le SHU de l’enfant qui est développé par ailleurs. La microangiopathie thrombotique est un syndrome anatomoclinique qui consiste en l’association d’une anémie hémolytique de type microangiopathique, d’une thrombopénie périphérique et de lésions thrombotiques des microvaisseaux. Ces microthromboses diffuses, expliquant la thrombopénie, créent des résistances au passage des globules rouges qui se fragmentent en schizocytes. Les thromboses peuvent toucher préférentiellement le cerveau et le rein, mais aussi le coeur et pratiquement tous les autres organes vitaux.

On distingue parmi les microangiopathies thrombotiques, le purpura thrombotique thrombocytopénique (PTT) d’une part, et le SHU d’autre part. Le PTT a un début souvent brutal et est caractérisé par le développement de thromboses artériolaires ou capillaires dans le cerveau, le coeur et d’autres organes. L’hypertension et l’insuffisance rénale sévère sont rares. Cette maladie est due à une carence congénitale ou acquise en ADAMTS13, protéase du facteur de von Willebrand.

Le SHU est une entité différente où l’atteinte rénale est prédominante et qui, dans les formes typiques postinfectieuses, est précédée d’une diarrhée hémorragique. La pathogénie du SHU fait appel à une lésion endothéliale d’origine infectieuse, toxique ou immunologique. D’autres pathologies telles que le lupus érythémateux disséminé, la greffe de moelle ou la transplantation d’organes solides, les traitements chimiothérapiques, les coagulopathies de consommation et les cancers métastasés peuvent également se compliquer de microangiopathies thrombotiques avec des atteintes neurologiques et rénales variables.

Physiopathologie :

Deux phénomènes semblent jouer un rôle important : l’agrégation plaquettaire intravasculaire et l’altération des propriétés de la cellule endothéliale qui passe d’une activité antiagrégante plaquettaire, antithrombotique et profibrinolytique, à une activité proagrégante, prothrombotique et antifibrinolytique. Différents agents responsables de microangiopathie thrombotique, toxiques, infectieux ou immunologiques peuvent effectivement entraîner des lésions endothéliales. Un déficit d’activité fibrinolytique local dans les microvaisseaux atteints a été démontré, probablement en rapport avec un excès d’inhibiteur des activateurs du plasminogène (PAI-1). En immunofluorescence indirecte, nous avons mis en évidence des dépôts de PAI-1 au sein de la fibrine dans les lésions de microangiopathie thrombotique de l’enfant et de l’adulte. Cependant, la cascade d’événements entre la lésion endothéliale et les microthromboses n’est pas toujours claire et semble différente dans le SHU et le PTT. Dans tous les cas, les lésions des cellules endothéliales induisent des agrégats plaquettaires, entraînant des microthromboses.

Lésions endothéliales et SHU lié aux shigatoxines :

Les SHU épidémiques associés à des diarrhées sont dus à certaines souches d’entérobactéries pathogènes (Escherichia coli, Shigella dysenteriae, Salmonella typhi principalement) sécrétant des entérotoxines bactériennes. En 1977, Konowalchuk et al. ont isolé une toxine sécrétée par une souche d’E. coli responsable de diarrhée hémorragique et de SHU chez l’enfant. Cette toxine a un effet cytotoxique sur les cellules Vero, cellules du rein de singe vert africain, et est appelée verotoxine ou shigatoxine.

La plupart des SHU postdiarrhée sont dus à une infection par E. coli 0157 : H7 producteur de shigatoxines ou par S. dysenteriae sérotype 1. Il a été montré que les shigatoxines 1 et les shigatoxines 2 peuvent se lier à un récepteur de surface cellulaire le globotriaosylcéramide (Gb3), être internalisées dans les endosomes et aller inhiber l’élongation des chaînes protéiques au niveau de l’acide ribonucléique (ARN) de transfert sur les ribosomes. Il en résulte une inhibition de la synthèse protéique dans les cellules cibles telles que les cellules endothéliales glomérulaires. Le détachement, l’apoptose ou la nécrose de ces cellules conduit à l’exposition de la membrane basale sous-jacente, thrombogénique, qui va causer l’activation des plaquettes et l’activation de la coagulation.

Cette séquence d’évènements est confirmée par l’observation d’un gonflement endothélial et d’un détachement des cellules endothéliales, d’une adhésion des plaquettes à la membrane basale et de dépôts de fibrine dans les lésions de SHU humain ou animal. Plus récemment, des lésions de SHU ont pu être induites par l’injection de shigatoxine à des souris déficientes en ADAMTS13.

Les shigatoxines peuvent aussi être cytotoxiques pour les cellules mésangiales et les cellules rénales tubulaires, participant ainsi à la gravité de l’insuffisance rénale. Les shigatoxines augmentent l’expression endothéliale de molécules d’adhésion telles que E sélectine, ICAM-1 ou VCAM-1 et favorisent l’adhésion des leucocytes et des plaquettes. Enfin, les shigatoxines peuvent augmenter l’expression d’interleukine 6 et de MCP1 dans le rein ainsi que l’expression de TNF a et d’interleukine 1b dans les monocytes macrophages. Ces cytokines augmentent l’expression de Gb3 à la surface endothéliale, rendant les cellules plus susceptibles à l’effet cytotoxique des shigatoxines. Il a aussi été montré que les shigatoxines peuvent être transportées par les leucocytes depuis le côlon jusqu’au rein par voie sanguine.

Les patients ayant un SHU postdiarrhée ont en général un taux normal ou modérément diminué d’ADAMTS13 et n’ont pas d’anticorps inhibiteurs circulants. Contrairement aux lésions observées au cours du PTT, les thrombis dans les glomérules rénaux au cours du SHU postdiarrhée contiennent de la fibrine et des plaquettes, très peu de facteur de von Willebrand. En présence d’ADAMTS13, l’augmentation des forces de cisaillement liée aux thromboses microvasculaires entraîne une accentuation du clivage du facteur de von Willebrand circulant, augmentant ainsi les formes de petit poids moléculaire.

Lésions endothéliales et SHU atypiques :

Dans le SHU atypique non précédé par une infection à entérobactérie sécrétrice de verotoxine, la pathogénie est différente. Celui-ci peut être génétiquement transmis et est alors souvent récidivant.

Les SHU atypiques dans leur forme familiale ont été rapportés à des mutations sur une des trois protéines impliquées dans la régulation de l’activation de la voie alterne du complément. Certains SHU atypiques sporadiques sont également liés à ce type de mutation. Deux de ces protéines, le facteur H du complément et le cofacteur membranaire CD46 sont des membres de la régulation de la voie alterne du complément dont les gènes sont localisés sur le chromosome 1 en position 1q32. Ces deux protéines sont des cofacteurs du facteur I qui est une sérine protéase circulante qui clive et inactive le C3b fixé à la surface cellulaire ainsi que le C4b en présence d’un cofacteur. Ces SHU sont transmis de façon autosomique dominante avec une pénétrance extrêmement variable. De plus, le déficit homozygote en facteur H ou en facteur I peut être associé au développement d’une glomérulonéphrite membranoproliférative sans SHU. Les raisons de ces variations phénotypiques chez ces patients restent inconnues. Une analyse des haplotypes a suggéré que le risque de SHU atypique pourrait aussi être lié au gène du facteur H ou de la protéine membrane cofactor protein (MCP) alors qu’aucune mutation n’avait été mise en évidence dans l’un ou l’autre gène. Le rôle d’autres facteurs de régulation de l’activation du complément n’est pas exclu. Plus rarement, des autoanticorps dirigés contre le facteur H ont été décrits chez des patients présentant un SHU atypique. Ces anomalies génétiques restent parfois asymptomatiques, suggérant qu’il s’agit de facteurs de susceptibilité et que d’autres facteurs, jouant le rôle de facteur déclenchant, sont nécessaires pour l’expression de la maladie. Comment l’activation de la voie alterne entraîne-t-elle les lésions endothéliales est pour l’instant une question non complètement résolue. De même, pourquoi le rein est-il le siège principal, même si non exclusif, des lésions thrombotiques ? Cela pourrait être lié à une plus forte expression de Gb3 pour les cellules endothéliales et vasculaires rénales dans les formes postinfectieuses, ou à une moindre capacité de protection contre l’activation du complément et le complexe d’attaque membranaire.

Le diagnostic des SHU atypiques nécessite des investigations de la voie alterne du complément avec un dosage notamment du C3 et du C4. De même, il peut exister une diminution des taux de facteur H et de facteur I ou de l’expression de la protéine MCP à la surface des leucocytes. Cependant, parfois l’activation du complément n’est pas toujours présente et certaines mutations ne modifient pas l’expression des protéines mutées. Dès lors, des analyses fonctionnelles ainsi que des études génétiques détaillées sont souvent nécessaires pour démontrer l’implication de la régulation de l’activation du complément dans la pathogénie du SHU.

Tous les SHU ne sont pas expliqués par des lésions endothéliales liées aux shigatoxines ou à une anomalie du complément.

La lésion endothéliale pourrait aussi être d’origine toxique après mitomycine C par exemple ou auto-immune, puisque des anticorps cytotoxiques anticellules endothéliales ont été mis en évidence dans certains cas de SHU.

Dans le PTT en revanche, il n’existe pas d’anomalie du facteur H, mais un déficit constitutionnel ou acquis de l’activité de la protéase du facteur de von Willebrand. Les complexes de hauts poids moléculaires, dits ultralarges complexes du facteur de von Willebrand contenus dans les cellules endothéliales sont libérés dans la circulation où ils entraînent l’agrégation plaquettaire, et tout particulièrement dans les capillaires où le shear stress est important. À la phase aiguë des PTT, ces complexes ultralarges sont retrouvés dans le sang des patients. Il faut noter que dans les cas de PTT familiaux, ces complexes ultralarges persistent après l’épisode aigu, suggérant qu’un autre cofacteur serait nécessaire à l’expression du PTT.

Dans le sang circulant, ADAMTS13 est une métalloprotéase à zinc capable de cliver le facteur de von Willebrand pour autant qu’un ou plusieurs de ces sites de clivage soit(ent) exposé(s) par les forces de cisaillement. Un effet antithrombotique de ADAMTS13 a été parfaitement démontré récemment. Le déficit en ADAMTS13 entraîne une accumulation des formes multimériques de haut poids moléculaire du facteur de von Willebrand. Ces formes de haut poids moléculaire peuvent s’allonger sous l’effet des forces de cisaillement et favoriser l’adhésion et l’agrégation des plaquettes et la formation des microthromboses vasculaires.

Les formes de haut poids moléculaire du facteur de von Willebrand peuvent être identifiées dans la circulation sanguine avec souvent en parallèle une réduction importante de l’activité ADAMTS13, inférieure à 10 % de la valeur contrôle normale.

De grandes études ont confirmé la prévalence du déficit en ADAMTS13 chez les patients ayant une forme acquise de PTT, le déficit étant mis en évidence dans plus de 80 % des cas. Les autres cas correspondent soit à un PTT sans déficit de la protéase circulante dont la physiopathologie reste encore indéterminée ou à des cas différents de microangiopathie thrombotique (MAT) tels que le lupus érythémateux disséminé, les cancers métastatiques, l’hémoglobinurie paroxystique nocturne ou les syndromes hémolytiques urémiques atypiques.

La thrombospondine 1 peut inhiber le clivage du facteur de von Willebrand par la protéase ADAMTS13 et est peut-être impliquée dans la pathogénie de certains PTT.

Le déficit en ADAMTS13 peut être héréditaire ou, plus fréquemment, acquis.

Dans les formes héréditaires de déficit en ADAMTS13, plus de 55 mutations du gène ont été décrites. L’une d’elles, la 4143insA, a été détectée à la fois chez les patients homozygotes et hétérozygotes dans plusieurs familles européennes, suggérant qu’elles puissent avoir un précurseur ancestral commun. En plus des mutations, au moins 26 polymorphismes ont été décrits dans le gène de l’ADAMTS13. Ces polymorphismes sont parfois associés à des modifications de l’expression de l’ADAMTS13.

Les déficits acquis en ADAMTS13 sont beaucoup plus fréquents.

La présence d’anticorps inhibiteurs de cette activité peut être démontrée dans 50 à 90 % des cas de PTT acquis. Chez les patients dont les anticorps inhibiteurs sont à un taux trop faible pour être détectés par l’inhibition de l’activité d’un plasma témoin, des tests enzyme linked immunosorbent assay (Elisa) peuvent être employés. Néanmoins, ces tests peuvent donner des faux positifs dans 10 à 15 % des cas de la population générale sans PTT.

Les causes de l’apparition de ces anticorps inhibiteurs anti-ADAMTS13 restent mal connues et sont parfois favorisées par un traitement par la ticlopidine ou le clopidogrel ou au cours de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Le taux d’ADAMTS13 reste parfois bas alors qu’il existe une rémission clinique. Ces patients sont à risque élevé de rechute. Dans le PTT chronique, les anticorps inhibiteurs anti-ADAMTS13 persistent à des taux élevés empêchant la remontée du taux d’ADAMTS13 circulant. Chez ces patients, le rituximab, un anticorps monoclonal anti-CD20 a été utilisé avec succès.

Signes cliniques et biologiques :

Signes cliniques :

Il s’agit d’une maladie rare dont l’incidence annuelle chez l’adulte a été estimée à environ 0,1 cas pour 100 000. Les symptômes les plus fréquents comprennent : asthénie, troubles psychiques, purpura, hémorragie, douleur abdominale, fièvre.

Une diarrhée prodromique, volontiers sanglante, précédant de quelques jours l’hospitalisation est évocatrice d’une infection par entérobactérie pathogène, mais peut aussi se voir chez des patients non infectés souffrant d’une ischémie colique dans le cadre de la microangiopathie. Plus rarement, ictère, myalgies, arthralgies sont notés. Les troubles neurologiques centraux vont de la simple céphalée avec confusion aux déficits moteurs, aphasie, troubles visuels, crises convulsives et coma.

L’atteinte rénale, au premier plan dans le SHU et très fréquente au cours du PTT, est caractérisée par une hématurie microscopique, plus rarement macroscopique et une protéinurie. L’insuffisance rénale aiguë (IRA), souvent oligoanurique, est associée habituellement à une hypertension artérielle (HTA) sévère et complique 10 à 20 % des cas des SHU de l’adulte. L’examen du fond d’oeil peut retrouver un oedème papillaire, des hémorragies rétiniennes et du vitré. Un décollement rétinien est possible.

Plus rarement sont observés une arythmie ou une insuffisance cardiaque, une insuffisance respiratoire aiguë en rapport avec des hémorragies intra-alvéolaires, un diabète par atteinte pancréatique, ou une rhabdomyolyse par atteinte musculaire.

Signes biologiques :

L’anémie hémolytique de type microangiopathique est caractéristique. Il s’agit d’une anémie, au début modérée, hémolytique de type mécanique due à la fragmentation des hématies sur les microagrégats obstruant les petits vaisseaux, aboutissant à la formation d’hématies fragmentées ou schizocytes.

Parallèlement, la réticulocytose est augmentée, ainsi que le taux de lacticodéshydrogénase (LDH) sérique, l’hémoglobinémie, l’hémoglobinurie, la bilirubine non conjuguée. L’haptoglobine sérique est diminuée. Le test de Coombs est négatif.

La thrombopénie est constante, parfois très profonde (moins de 10 000 plaquettes/mm3), liée à une consommation périphérique importante non compensée par l’augmentation de production médullaire dont témoigne l’augmentation des mégacaryocytes sur le frottis de moelle.

Il n’y a pas de signe de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD). Les temps de Quick et temps de céphaline activée sont normaux. Les taux de fibrinogène et des autres facteurs de oagulation sont normaux dans plus de 90 % des cas. Il existe cependant une discrète augmentation des produits de dégradation de la fibrine (PDF) dans le sang et l’urine, témoignant d’une activation minime de la fibrinolyse. Une diminution de l’agrégabilité plaquettaire in vitro a été montrée liée à la préactivation des plaquettes in vivo.

Une baisse du complément sérique (CH50, C3 et C4) a été observée chez certains malades, cela est peu fréquent mais de pronostic défavorable. Un dosage des différents composants du complément, dont le facteur H, le facteur I, et la protéine MCP doit être effectué avant toute transfusion de plasma. De même, un dosage d’ADAMTS13, avec recherche d’inhibiteur, doit être effectué.

Anatomopathologie :

La ponction-biopsie rénale (PBR) au cours du SHU avec IRA a un intérêt diagnostique et pronostique. La thrombopénie empêche souvent de réaliser ce geste par voie percutanée mais la technique de biopsie rénale par voie transjugulaire permet maintenant d’obtenir de bons fragments de rein chez ces patients. Les lésions peuvent toucher les glomérules, les artérioles préglomérulaires et les artères intrarénales.

Les lésions glomérulaires typiques associent un gonflement des cellules endothéliales et un élargissement de l’espace sousendothélial qui réduisent le diamètre des capillaires glomérulaires. Des thrombi obstruent ces capillaires. Ils sont composés de plaquettes agglutinées et dégranulées et de fibrine polymérisée. Des dépôts abondants de PAI1, inhibiteur de la fibrinolyse, peuvent être observés. Les dépôts clairs sous-endothéliaux pourraient correspondre à des protéines plasmatiques s’accumulant à ce niveau du fait de l’augmentation de la perméabilité de la barrière endothéliale. Ils pourraient aussi représenter des extensions des thrombi plaquettaires à partir de la lumière du capillaire lésé. Rarement, une expansion mésangiale, une nécrose inflammatoire, voire une prolifération extracapillaire sont observées. En immunofluorescence, des dépôts d’immunoglobuline G (IgG), d’IgM et de complément sont présents de façon très inconstante.

Les lésions artériolaires et artérielles sont irrégulières et constituées de thromboses faites d’agrégats plaquettaires et de fibrine, associées à une prolifération cellulaire intimale.

Contrairement aux angéites nécrosantes, il n’y a pas de réaction inflammatoire à l’intérieur et autour de la paroi vasculaire. Cette obstruction artériolaire entraîne une rétraction ischémique des glomérules en aval. Au maximum, une nécrose corticale est possible. Des lésions semblables de la microcirculation ont été démontrées dans d’autres organes. Les lésions artérielles sont de pronostic moins favorable, une insuffisance rénale plus ou moins sévère pouvant persister après l’épisode initial.

D’autres lésions, glomérulaires ou vasculaires chroniques, préexistantes, peuvent être découvertes à l’occasion du SHU et sont propres à chaque étiologie. L’existence, en revanche, d’une nécrose tubulaire aiguë sur la biopsie est de pronostic favorable.

Traitement :

Prise en charge de l’insuffisance rénale :

Le développement de l’insuffisance rénale chez les patients atteints de SHU impose une surveillance très précise et régulière de l’état d’hydratation pour éviter la surcharge hydrosodée et les épisodes d’hypertension artérielle et d’oedème pulmonaire. Le recours à la dialyse peut être nécessaire. En cas de surcharge manifeste, des diurétiques à forte dose type furosémide 125 à 500 mg par voie veineuse peuvent être utilisés pour augmenter la diurèse. Leur surdosage peut conduire à des épisodes de déshydratation qui augmentent le risque de microthrombose intrarénale. La dialyse soustractive ou l’ultrafiltration isolée sont en général plus efficaces. L’hypertension artérielle doit être traitée avec des agents vasodilatateurs et en particulier par des inhibiteurs de l’enzyme de conversion et/ou les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (IEC/ARAII), associés ou non aux inhibiteurs calciques ou les bêtabloquants ; ils permettent le plus souvent de contrôler l’HTA et de diminuer l’ischémie rénale et la composante mécanique de l’hémolyse. Il s’agit d’un élément essentiel du traitement symptomatique avec un objectif tensionnel strict ne dépassant pas 120 mmHg de systolique. Il est nécessaire également d’éviter tout médicament néphrotoxique et les agents opiacés qui peuvent s’accumuler en cas d’insuffisance rénale. Un traitement systématique par acide folique peut être administré pour aider à la correction de l’anémie. Les complications extrarénales du SHU doivent également être systématiquement dépistées.

Les complications neurologiques centrales sont parfois graves et sont des facteurs importants de morbidité et de mortalité. Un scanner cérébral ou une imagerie par résonance magnétique (IRM) est nécessaire en cas de manifestations neurologiques.

En cas de diarrhée aiguë sanglante, les patients doivent être admis à l’hôpital et isolés. Une réhydratation par voie intraveineuse et le maintien d’un apport hydrique suffisant permettent de limiter la sévérité de l’atteinte rénale, surtout si cette hydratation est débutée avant l’apparition de l’insuffisance rénale.

Les antibiotiques ne doivent pas être administrés à ces patients au risque d’augmenter la fréquence du SHU par un mécanisme qui reste encore mal connu mais qui fait probablement appel à une lyse bactérienne massive dans la lumière digestive. De même, il n’est pas recommandé d’administrer des agents inhibiteurs de la motilité digestive ou des dérivés opiacés car ils semblent également augmenter le risque de SHU ou de complications neurologiques.

Les patients qui développent un SHU peuvent devenir assez rapidement sévèrement anémiques et le recours aux transfusions est parfois nécessaire. Celles-ci doivent cependant être prudentes car elles peuvent favoriser l’hypertension artérielle. Il est préférable d’éviter les transfusions de plaquettes, à moins d’une hémorragie clinique significative ou d’un geste invasif envisagé.

En effet, les perfusions de plaquettes semblent aggraver les microthromboses.

L’insuffisance rénale récupère parfois intégralement après le SHU mais en fonction de la sévérité de l’épisode initial et de la nécessité de dialyse, des séquelles restent possibles dans 10 à 30 % des cas. En cas d’insuffisance rénale chronique, la maladie s’éteint habituellement quand le stade de la dialyse est atteint.

Échanges plasmatiques :

La présentation des PTT et des SHU de l’adulte est souvent complexe, ne permettant pas de prédire précisément s’il s’agit d’un déficit en ADAMTS13 ou d’un autre mécanisme. Il est donc recommandé dans ces formes d’entreprendre rapidement des perfusions de plasma ou des échanges plasmatiques et de surveiller l’évolution clinique. Bien entendu, le plasma frais est le liquide de substitution qui doit être employé au cours des échanges plasmatiques pour ces patients.

Chez l’adulte, les échanges plasmatiques sont le seul traitement pour lequel il existe des preuves d’une efficacité pour le traitement du PTT. Un essai prospectif randomisé a comparé les échanges plasmatiques à la perfusion de plasma. Cet essai a démontré une amélioration significative de la survie à 6 mois chez les patients recevant des échanges plasmatiques comparés à ceux recevant des perfusions de plasma. Certains patients initialement traités par perfusion de plasma ont secondairement reçu des échanges plasmatiques avec efficacité.

La réponse initiale était également meilleure dans le bras échange plasmatique. La perfusion de plasma reste utile chez les patients ayant un PTT quand l’échange plasmatique ne peut pas être administré d’emblée.

Il semble parfois difficile de distinguer le PTT des autres maladies comportant une microangiopathie thrombotique. Les échanges plasmatiques sont recommandés chez ceux pour qui les critères diagnostiques de PTT sont retrouvés. Leur efficacité dans les autres cas reste incertaine ou peu probable, comme après greffe de moelle. De même, leur efficacité au cours du SHU postdiarrhée ou lié à des toxiques médicamenteux reste incertaine, même si l’étude rétrospective de Dundas le suggère. La durée optimale du traitement est encore inconnue.

L’intérêt des échanges plasmatiques dans les SHU atypiques liés à un déficit en facteur H, facteur I ou protéine CD46 est probable. Cependant, une étude récente ne montre pas de bénéfice des échanges plasmatiques sur une courte série de patients ayant un déficit en protéine CD46.

Il semble que les échanges plasmatiques quotidiens doivent être continués jusqu’à ce que le chiffre de plaquettes soit stabilisé et normal. Le taux de LDH qui reflète à la fois l’ischémie tissulaire et l’hémolyse est également un bon marqueur de la réponse au traitement. Il est important de connaître les risques liés à la pratique des échanges plasmatiques. Sur une cohorte de 206 patients consécutifs observés sur une période de 9 ans, 5 (soit 2 %) sont décédés de complications liées aux échanges plasmatiques (3 hémorragies liées à la mise en place d’un cathéter veineux central et 2 sur septicémie à point de départ de cathéter) ; 53 autres patients (26 %) ont eu des complications liées aux échanges plasmatiques, incluant des infections systémiques, une thrombose veineuse et une hypotension nécessitant de la dopamine. Cependant, compte tenu du bénéfice de ce traitement dans cette maladie, il est important de pratiquer les échanges plasmatiques.

Immunosuppresseurs :

Pour prévenir un rebond à l’arrêt des échanges plasmatiques ou une rechute après une phase de rémission, on doit prescrire une corticothérapie en plus des échanges plasmatiques (0,5 à 1 mg/kg/j jusqu’à la rémission). Plusieurs études ont confirmé l’intérêt des glucocorticoïdes dans cette maladie même si certains patients ont pu guérir en l’absence de traitement corticoïde. D’autres traitements immunosuppresseurs sont aujourd’hui recommandés en cas de forme résistante tels que l’anticorps monoclonal anti-CD20 (rituximab), le cyclophosphamide, la vincristine voire la cyclosporine. Des essais cliniques de qualité manquent pour préciser les indications de ces traitements.

La splénectomie ou le rituximab pourraient diminuer la fréquence des rechutes.

Les autres traitements (anticoagulants, aspirine, vitamine E, etc.) n’ont pas montré d’efficacité et ne sont donc pas recommandés.

Évolution et pronostic :

Le SHU de l’adulte a un pronostic variable selon la cause.

Dans la série de l’hôpital Tenon, nous avons observé une mortalité immédiate faible de 12,5 % chez les patients ayant un SHU de novo, et une récupération excellente de la fonction rénale dans plus de 70 % des cas. Les SHU postinfectieux ne récidivent pas. En revanche, ceux liés à un déficit en facteurs régulateurs de la voie alterne du complément récidivent fréquemment et peuvent conduire à l’insuffisance rénale chronique (IRC) terminale. Le pronostic vital est très sombre chez les patients positifs au VIH ayant un SHU, et le pronostic rénal est mauvais chez les patients ayant une néphropathie sous-jacente. Les facteurs indépendants de mortalité étaient la sérologie VIH positive et la nécessité de dialyse. L’hémodialyse chronique est nécessaire en l’absence de récupération de la fonction rénale, et la transplantation rénale ne doit être envisagée qu’après un bilan approfondi (cf. infra).

Circonstances étiologiques particulières :

Elles sont nombreuses et variées chez l’adulte.

Dans notre série de 55 cas de SHU de l’adulte, tous confirmés par la biopsie rénale, les étiologies retrouvées peuvent être classées en deux grands groupes : les SHU dits de novo, c’est-àdire sur rein antérieurement sain (72,7 %) et les SHU secondaires compliquant une néphropathie sous-jacente (27,2 %). Cette distinction est essentielle car le pronostic rénal est radicalement différent, la récupération étant la règle pour les SHU de novo, alors que l’insuffisance rénale chronique parfois terminale peut faire suite à un SHU sur néphropathie antérieure.

Formes postinfectieuses ou idiopathiques :

L’incidence du SHU post-E. coli O157 : H7 est particulièrement importante chez l’enfant. Cette forme postinfectieuse existe néanmoins chez l’adulte et même chez le sujet âgé et justifie la recherche systématique de la toxine dans les selles de tous les patients présentant un SHU. L’intervalle entre l’ingestion de l’aliment contaminé et la survenue de la diarrhée varie de 2 à 12 jours. Typiquement, les infections à E. coli O157 : H7 induisent une diarrhée non sanglante de 1 à 3 jours, après quoi la diarrhée devient sanglante. L’atteinte colique peut être relativement sévère. Cependant, il existe aussi des infections mineures au E. coli O157 : H7 qui ont été retrouvées chez des patients n’ayant pas de diarrhée. La plupart des patients ne sont pas fébriles durant la diarrhée, bien qu’ils signalent parfois la présence de fièvre à la phase initiale.

La cause prédominante du SHU dans le monde est l’infection par E. coli O157 : H7, qui peut être détectée en mettant en culture les fèces sur un milieu agar contenant du sorbitol (MacConkey Agar). Des tests commerciaux sont également disponibles pour la détection directe de la shigatoxine, éventuellement pour des souches différentes du O157 : H7.

La thrombopénie est la première à apparaître chez la plupart des patients, suivie par l’hémolyse et l’insuffisance rénale.

Certains facteurs de risque ont été bien caractérisés tels qu’une hyperleucocytose, une déclaration précoce des symptômes, l’administration d’antibiotiques ou l’utilisation d’agents antispasmodiques.

L’insuffisance rénale aiguë est souvent sévère, oligoanurique, associée à une HTA, parfois un oedème pulmonaire. La protéinurie est habituellement entre 1 et 2 g/24 h mais peut être néphrotique. La PBR permet de reconnaître les formes avec atteinte artériolaire prédominante, de pronostic plus défavorable que les formes avec atteinte glomérulaire exclusive ou prédominante. Le traitement symptomatique par hémodialyse et antihypertenseurs et le traitement étiopathogénique par plasma frais chez l’adulte ont bouleversé le pronostic de ces formes autrefois catastrophiques.

Outre les infections par entérobactéries pathogènes sécrétant la shigatoxine, d’autres infections bactériennes peuvent se compliquer de SHU par un mécanisme différent. Ainsi, la physiopathologie du SHU à pneumocoque est en rapport avec la production d’une enzyme, la neuraminidase, qui met à nu l’antigène Thomsen-Friedenreich (AgTF) à la surface des érythrocytes, des plaquettes et des cellules glomérulaires. Les anticorps naturels circulants anti-AgTF reconnaissent cet antigène et cette réaction est à l’origine des signes cliniques et biologiques du SHU.

De nombreux virus (entérovirus, VIH) et en particulier le cytomégalovirus (CMV) chez le patient transplanté sont impliqués dans le déclenchement d’une microangiopathie thrombotique. L’infection par le VIH et le sida sont des facteurs de risque de développer une maladie rénale, et en particulier un syndrome hémolytique et urémique. Le SHU chez les patients VIH est plus fréquent et plus grave que dans la population générale et a une mortalité élevée. Dans une série rapportée dans notre centre, le VIH représentait un tiers des cas de SHU. Exceptionnellement, les patients positifs au VIH peuvent développer un déficit acquis en ADAMTS13 par autoanticorps mais dans la majorité des cas, il n’y a pas d’explication évidente au développement de la microangiopathie thrombotique.

On pense que le VIH ou d’autres infections virales associées, notamment le CMV, peuvent favoriser le développement des lésions endothéliales.

Syndromes hémolytiques et urémiques atypiques :

À côté de ces SHU postdiarrhées, il a été décrit des SHU atypiques sans prodrome évident qui représentent environ 20 % des SHU de l’enfant. Un lien assez clair a été établi entre ces SHU atypiques et des mutations des gènes codant pour des protéines régulatrices de la voie alterne du complément.

Ces mutations ont été retrouvées aussi bien dans les formes familiales que dans des cas sporadiques. Ces anomalies de régulation de la voie alterne peuvent être associées à une hypocomplémentémie avec une baisse du C3. Celle-ci est cependant inconstante et n’est pas nécessaire au diagnostic.

SHU lié à une mutation du gène du facteur H :

Il ne semble pas y avoir d’hétérogénéité clinique liée à un type spécifique de mutation du gène du facteur H. En revanche, globalement ces SHU atypiques ont une évolution extrêmement variable, certains ne comportant qu’une poussée sans récidive avec une restitution ad integrum de la fonction rénale tandis que d’autres ont des poussées successives évoluant vers l’insuffisance rénale terminale.

La maladie débute habituellement dans l’enfance mais des formes à début tardif chez l’adulte ont été rapportées. Il a aussi été décrit des formes découvertes après le stade terminal de l’insuffisance rénale, lors d’une récidive d’un SHU sur un transplant rénal.

Des formes auto-immunes de SHU liées à un déficit en facteur H ont été décrites avec la caractérisation d’anticorps antifacteurs H chez des enfants ayant un SHU atypique. L’activité facteur H circulante était diminuée chez ces patients et corrélée pour deux d’entre eux au titre des anticorps antifacteurs H circulants. Les taux antigéniques de facteur H et le gène du facteur H étaient normaux chez tous les patients. D’autres autoanticorps tels que des facteurs antinucléaires étaient également assez fréquemment retrouvés, même s’il n’y avait pas d’autre maladie auto-immune caractérisée. Ces formes peuvent relever d’un traitement immunosuppresseur et d’échanges plasmatiques.

SHU et protéine CD46 ou membrane cofacteur protéine :

Des mutations de la protéine MCP ont été initialement décrites dans des formes familiales de SHU avec une transmission autosomique récessive.

L’âge de début de la maladie est variable, après quelques mois de vie, à l’adolescence ou chez le jeune adulte. La première poussée peut évoluer d’emblée vers l’insuffisance rénale terminale.

Dans tous les cas, il y a une diminution d’expression membranaire de la protéine MCP.

SHU et facteur I :

Chez des patients ayant des taux de C3 sans évidence de mutation du facteur H, il a été recherché et mis en évidence des mutations du facteur I en cas de SHU atypique. Le déficit complet en facteur I a été décrit comme une maladie récessive habituellement associée à des infections répétées à pyogènes.

Plus récemment, des SHU atypiques ont été décrits en rapport avec des mutations du facteur I à l’état hétérozygote avec parfois révélation tardive, éventuellement dans le post-partum.

Après une évolution à rechute, l’insuffisance rénale terminale conduit en général à l’hémodialyse. Une récidive du SHU sur un transplant rénal a également été décrite.

Ainsi de plus en plus, les SHU atypiques peuvent être rapportés à des mutations souvent à l’état hétérozygote de protéines régulatrices de la voie alterne du complément. Il reste cependant des formes inexpliquées qui correspondent peut-être à des mutations d’autres molécules régulatrices, bien qu’aucune mutation n’ait été retrouvée chez des patients ayant un SHU familial ou sporadique en ce qui concerne le gène du CR1 ou de la protéine DAF (CD55).

SHU et ADAMTS13 :

Il est tout à fait exceptionnel qu’un déficit en ADAMTS13, qui caractérise le PTT, conduise à la mise en hémodialyse et aucune donnée épidémiologique n’est disponible actuellement.

Une atteinte rénale, limitée à une protéinurie et une insuffisance rénale modérée peut être observée dans 20 à 30 % des cas.

Les signes cliniques sont extrêmement variés liés à la présence de microthrombi dans plusieurs organes. Environ la moitié des patients ayant un PTT ont des troubles neurologiques centraux assez sévères d’emblée ou au cours de l’évolution de la maladie tels que des crises convulsives ou des déficits moteurs focaux, éventuellement rapidement régressifs. Il est important d’exclure à ce stade les autres maladies telles que le sepsis sévère, le cancer métastasé ou l’hypertension artérielle maligne.

Il n’y a pas de CIVD. Le PTT prédomine chez les femmes à l’âge adulte. Le risque semble augmenté chez les sujets de race noire et chez les patients obèses.

Dans la forme néonatale du PTT, les patients se présentent habituellement avec des épisodes périodiques de thrombopénie et d’anémie hémolytique microangiopathique qui s’améliorent assez rapidement avec la perfusion de plasma parfois sur plusieurs années. Dans les formes moins sévères, le PTT peut apparaître plus tardivement dans la vie et rechuter périodiquement. Dans une série de 25 cas de PTT héréditaires, 30 % des patients avaient des déficits neurologiques chroniques dus à des accidents ischémiques. Une IRA est survenue au moins une fois dans cinq cas. À chaque fois, cependant, cette IRA était réversible chez les patients traités rapidement par plasma. L’IRC a également été décrite chez les patients ayant un PTT héréditaire qui n’avaient pas reçu de perfusion de plasma. Il a également été décrit un cas de PTT héréditaire ayant développé une IRC probablement en rapport avec un déficit concomitant en facteur H.

SHU et grossesse :

Le SHU de la grossesse survient habituellement au cours du troisième trimestre de grossesse et pose des problèmes diagnostiques avec certaines formes de prééclampsie et le syndrome haemolysis, elevated liver enzymes low platelet count (HELLP) où HTA, protéinurie, anémie hémolytique microangiopathique, thrombopénie et insuffisance rénale peuvent s’observer. Les signes de CIVD absents dans le SHU sont habituellement présents dans la prééclampsie. En l’absence de traitement, une mortalité foetale d’environ 80 % a été rapportée. À l’inverse, la perfusion de plasma frais a permis de contrôler le SHU, de prolonger la grossesse et d’améliorer considérablement le pronostic foetal et maternel.

Le SHU peut également apparaître dans le post-partum après un accouchement normal et un intervalle libre sans symptôme de quelques semaines à quelques mois. Ce SHU du postpartum est souvent plus sévère que celui qui survient au cours de la grossesse, avec une évolution fréquente vers l’insuffisance rénale terminale. Il semble que ces formes sévères correspondent à la révélation tardive d’un déficit hétérozygote en facteur H ou plus rarement en facteur I. Le PTT peut aussi apparaître ou récidiver pendant la grossesse. Le risque maternel et foetal est faible mais doit être connu.

SHU et PTT des cancers et après chimiothérapie :

Des signes évocateurs de SHU ou de PTT ont été observés au cours des leucémies aiguës promyélocytaires, des cancers de la prostate, des carcinomes gastriques ou pancréatiques. Des signes de CIVD sont souvent associés et les lésions pourraient être en rapport avec des embolies tumorales. Une étude récente a montré que 10 patients sur 351 qui avaient été initialement étiquetés SHU ou PTT et traités par échanges plasmatiques s’étaient par la suite avérés porteurs d’un cancer métastatique diffus. Ces patients se distinguent de ceux ayant un PTT idiopathique par une durée d’évolution plus longue, des signes respiratoires plus fréquents, des lacticodéshydrogénases (LDH) plus élevées et une moins bonne réponse thérapeutique aux échanges plasmatiques. Le diagnostic de cancer a été fait par la biopsie médullaire dans six cas. Dans la littérature, 19 autres cas similaires de SHU ou de PTT ont été rapportés depuis 1965. Bien que rare, ce tableau mérite d’être connu et justifie la biopsie médullaire en cas de doute. Le SHU peut être en rapport avec la maladie elle-même ou son traitement. Les SHU après chimiothérapie ont été observés essentiellement chez les malades traités par mitomycine C et plus récemment gemcitabine. D’autres substances médicamenteuses (cisplatine, associé à la bléomycine, la vinblastine ou la vindésine) ont aussi été incriminées. L’arrêt de la chimiothérapie et les échanges plasmatiques permettent le plus souvent de traiter efficacement ces SHU. L’évolution est surtout celle de la maladie cancéreuse.

Des SHU ou PTT parfois sévères ont aussi été rapportés après allogreffe de moelle mais les critères diagnostiques sont parfois flous, de sorte que l’incidence réelle et les conséquences de ces MAT sont difficiles à établir. Un consensus international récent a été obtenu pour définir ce syndrome et permettre des études prospectives d’évaluation des facteurs de risque et de traitements. Il ne semble pas y avoir de variation différente de ADAMTS13 après greffe de moelle en présence ou en l’absence de MAT. La MAT post-greffe de moelle semble plus fréquente après dose intensive myéloablative (étoposide ou busulfan, et cyclophosphamide, associée à l’irradiation corporelle totale, voire thiotépa, melphalan ou carboplatine, et sérum antilymphocytaire), donneur non apparenté et déplétion cellulaire T induite par les fortes doses de corticoïdes. La ciclosporine A donnée après la greffe peut aussi se compliquer de MAT.

Autres causes médicamenteuses :

De très nombreux médicaments ont été aussi mis en cause dans des cas de SHU sur reins sains : le tacrolimus (1 à 5 % des patients), la ciclosporine A, l’interféron a, le clopidogrel et la quinine. Tous les tableaux peuvent être observés, de la simple constatation histologique à la défaillance multiviscérale. Le mécanisme n’est souvent pas expliqué, mais on peut parfois, comme après une prise de quinine, retrouver dans le sérum du patient différents autoanticorps, en particulier contre les glycoprotéines de la membrane plaquettaire GpIIbIIIa, mais aussi contre les érythrocytes, les leucocytes et les cellules endothéliales. Des formes de MAT rénales sont actuellement rapportées avec les nouveaux anti-vascular endothelium growth factor (VEGF) (bévacizumab) ou inhibiteurs de la tyrosine kinase du VEGF (sunitinib).

SHU et sclérodermie :

L’IRA de la sclérodermie est rare, mais classique. Elle peut survenir, selon les séries, chez 10 à 40 % des malades sclérodermiques. Elle se manifeste par un SHU, le plus souvent avec HTA maligne. La sclérodermie, de type acrosclérose, est habituellement connue lors de l’apparition de l’insuffisance rénale mais celle-ci peut être révélatrice dans 5 à 10 % des cas. Une majoration des signes viscéraux, une altération de l’état général, un syndrome inflammatoire peuvent précéder la « crise vasculorénale ». La prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou de corticoïdes a été incriminée comme facteur déclenchant. L’HTA, lorsqu’elle est présente, peut dépasser 200/120 mmHg. Cependant, malgré des lésions rénales sévères et un authentique SHU, certains malades ne sont pas hypertendus. Les lésions au fond d’oeil sont constantes avec nodules dysoriques et/ou décollement de rétine, non corrélées avec le niveau de la pression artérielle. La biopsie rénale montre des lésions essentiellement vasculaires, touchant surtout les artères interlobulaires, sièges d’une endartérite proliférante ou fibreuse circonférencielle réduisant la lumière vasculaire. L’endartère est infiltrée par un matériel mucoïde, assez caractéristique de la sclérodermie ou par un matériel fibrinoïde. Des nécroses corticales ou corticomédullaires segmentaires sont possibles, détectables aussi par l’angiographie rénale. Plus tardivement, des lésions de néphroangiosclérose dues à l’HTA maligne peuvent se surajouter touchant principalement les artérioles pré- et post-glomérulaires avec endartérite proliférative et nécrose fibrinoïde.

Le pronostic de l’IRA au cours de la sclérodermie, autrefois catastrophique, reste péjoratif, la mortalité pouvant atteindre 50 % la première année, par accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque ou cachexie. Il s’améliore depuis l’emploi des IEC/ARAII. Hémodialyse et transplantation peuvent être pratiquées. On observe des récupérations tardives de la fonction rénale après plusieurs semaines ou mois d’hémodialyse, la correction des chiffres tensionnels permettant la régression lente des lésions d’endartérite et de nécrose fibrinoïde.

Néphroangiosclérose maligne :

Elle se manifeste par une HTA maligne avec une pression artérielle diastolique supérieure à 130 mmHg, et retentissement viscéral majeur. Elle peut survenir spontanément mais fait suite le plus souvent à une HTA ancienne pas ou mal contrôlée, quelle qu’en soit l’étiologie. Parfois elle complique l’évolution d’une glomérulonéphrite chronique et marque souvent le stade ultime de la néphropathie et de l’insuffisance rénale.

L’atteinte rénale est marquée par une IRA ou rapidement progressive, pouvant devenir oligoanurique. Le plus souvent cependant, les malades signalent une phase polyuropolydipsique récédant leur hospitalisation, associée à une asthénie et à un amaigrissement. Des états de cachexie peuvent s’installer rapidement. La protéinurie est minime. Il n’y a pas d’hématurie.

Les troubles visuels et les lésions au fond d’oeil sont habituelles : hémorragies, exsudats, oedème papillaire. L’encéphalopathie hypertensive est parfois au premier plan avec céphalées, confusion, somnolence, voire coma, convulsions généralisées ou hémorragie cérébroméningée. Une insuffisance ventriculaire gauche, liée à l’importante augmentation des résistances vasculaires périphériques, peut entraîner un oedème pulmonaire.

Au plan biologique, une anémie hémolytique de type microangiopathique est fréquente ; la thrombopénie est absente ou peu marquée. Une augmentation des enzymes musculaires (créatine phosphokinase [CPK], aldolase) peut témoigner de l’ischémie musculaire due à la vasoconstriction périphérique extrême. La rénine plasmatique est constamment extrêmement élevée. Le volume plasmatique, qui peut être mesuré par dilution isotopique de l’albumine marquée à l’iode ou par dilution du bleu Evans, est souvent diminué du fait de la polyurie induite par l’HTA.

Après contrôle de l’HTA et des troubles de l’hémostase, une PBR peut être pratiquée. Elle montre des lésions caractéristiques d’endartérite proliférative majeure touchant les artères interlobulaires et surtout les artérioles pré- et post-glomérulaires. La prolifération exubérante des cellules musculaires lisses en position intimale aboutit à la formation des lésions classiques en « bulbe d’oignon » qui peut être retrouvée aussi dans le SHU de la sclérodermie. De façon plus caractéristique, une nécrose des cellules musculaires lisses et des infiltrats de fibrine dans la paroi vasculaire peuvent être observés, constituant les lésions de nécrose fibrinoïde. Une nécrose fibrinoïde de l’artériole afférente, éventuellement étendue au glomérule, est très caractéristique de la néphroangiosclérose maligne et n’est pas observée dans les autres néphropathies vasculaires. Une hyperplasie de l’appareil juxtaglomérulaire et une augmentation du nombre de cellules contenant de la rénine ont été observées.

La pathogénie de l’HTA maligne au cours de la néphroangiosclérose maligne fait intervenir avant tout une sécrétion importante de rénine et la génération d’angiotensine II intrarénale et systémique. L’endartérite proliférative et la nécrose fibrinoïde réduisent la lumière vasculaire et entraînent une ischémie glomérulaire à l’origine de la sécrétion de rénine. Cette sécrétion de rénine augmente la vasoconstriction et l’HTA, majorant l’endartérite proliférative, et donc l’ischémie rénale qui, à son tour, stimule la sécrétion de rénine. Un cercle vicieux d’autoaggravation s’installe ainsi, aboutissant à l’HTA maligne avec IRA. Les lésions d’endartérite proliférative peuvent être secondaires à une hypertension ancienne mal contrôlée, mais elles peuvent aussi apparaître chez des sujets jeunes sans antécédent particulier. Cette néphroangiosclérose primitive est à rapprocher des lésions vasculaires observées chez le rat spontanément hypertendu (SHR), dont les lésions artérielles et glomérulaires apparaissent et progressent malgré le contrôle de l’HTA. Il pourrait s’agir d’une maladie primitive de la cellule endothéliale ou de la cellule musculaire lisse artérielle.

Outre l’hémodialyse qui permet de corriger les désordres hydroélectrolytiques, le traitement de l’IRA au cours de l’HTA maligne fait essentiellement appel au traitement antihypertenseur.

Le patient doit être hospitalisé en unité de soins intensifs.

Les IEC seuls ou associés à d’autres vasodilatateurs, en particulier les ARAII, sont ici aussi remarquablement efficaces et ont complètement remplacé la binéphrectomie qui était autrefois nécessaire. L’hypotension brutale à l’introduction des IEC/ARA2, liée à l’hypovolémie, peut entraîner une ischémie rétinienne rénale ou cérébrale, de sorte qu’une expansion volémique doit être associée. Il convient bien entendu d’éviter les diurétiques et l’ultrafiltration en début de traitement. La normalisation de la pression artérielle s’accompagne initialement d’une aggravation de l’insuffisance rénale, voire d’une réduction de la diurèse. Elle est cependant indispensable pour prévenir l’installation de nouvelles lésions artériolaires. Cette aggravation à court terme n’empêche pas une amélioration à long terme de la fonction rénale en quelques semaines ou quelques mois, permettant parfois d’interrompre le traitement par dialyse. Ce délai pourrait correspondre au temps nécessaire à la régression de l’endartérite proliférative. Durant cette période, l’hémodialyse itérative et le traitement antihypertenseur doivent être rigoureusement maintenus. Les autres traitements étiopathogéniques (corticoïdes, plasma frais congelé) n’ont pas été évalués dans cette circonstance et ne nous semblent pas justifiés.

SHU et lupus :

Un SHU ou un PTT peut survenir au cours du lupus érythémateux disséminé ou du syndrome des antiphospholipides.

Il a été rapporté pour 2 à 8 % des patients atteints de lupus. Il peut survenir à tout âge et parfois précéder la découverte du lupus. Il existe parfois des autoanticorps dirigés contre la protéase du facteur de von Willebrand. Le traitement immunosuppresseur et les échanges plasmatiques sont efficaces pour obtenir la rémission du tableau de microangiopathie thrombotique.

Le SHU est une complication rare du syndrome des antiphospholipides. Il y a habituellement une hypertension artérielle sévère, une protéinurie variable, une insuffisance rénale. Des thromboses capillaires glomérulaires peuvent être associées aux microthromboses artérielles ou artériolaires. Elles évoluent vers la sclérose glomérulaire et l’insuffisance rénale.

Les traitements immunosuppresseurs et les échanges plasmatiques sont habituellement employés avec succès.

SHU et greffe rénale :

La fréquence de la récidive du SHU après greffe rénale varie selon la cause initiale. Dans tous les cas, qu’il s’agisse d’une MAT de novo ou d’une récidive, cette complication sur le greffon augmente le risque de perte du greffon et de mortalité.

Dans une étude récente du registre de l’United States Renal Data System (USRDS), il a été démontré que parmi les patients dont la maladie rénale chronique était un SHU, 29,2 % développaient ultérieurement une microangiopathie thrombotique sur leur greffon contre 0,8 % des patients ayant une maladie rénale chronique d’autre origine. L’incidence de la microangiopathie thrombotique chez les transplantés rénaux était de 5,6 épisodes par 1 000 personnes/année, avec une incidence plus élevée des récidives que des MAT de novo.

Le risque de microangiopathie thrombotique est plus élevé dans les 3 premiers mois après la greffe. La survie du patient ayant présenté une microangiopathie thrombotique est approximativement de 50 % à 3 ans. Dans une étude collaborative du Groupe coopératif de transplantation d’Île-de-France (GCIF), la récidive du SHU après transplantation rénale a été étudiée chez 16 patients ayant un SHU en apparence primitif, responsable de l’insuffisance rénale terminale. Cette étude a montré un taux de récidive extrêmement élevé puisque 56 % des patients avaient une récidive certaine et 25 % une récidive possible. La récidive était associée à un pronostic très péjoratif de la greffe puisque la survie du greffon rénal était inférieure à 20 % à 5 ans. En revanche, en l’absence de récidive, la survie était comparable aux autres transplantations. Chez l’enfant, il n’y a pas de récidive ou tout à fait exceptionnellement chez les patients ayant présenté un SHU typique postdiarrhée (1 sur 137 greffons). En revanche, cette récidive est beaucoup plus fréquente en cas de SHU atypique (18 sur 77 greffons soit 23 %). Il semble donc possible de recommander une transplantation chez les patients ayant fait un SHU typique associé à une diarrhée. En revanche, il faut être prudent chez les patients ayant un SHU atypique, en particulier chez l’adulte avec une hypocomplémentémie et a fortiori si une mutation du facteur H ou du facteur I a été mise en évidence. En effet, dans ces cas, la récidive survient dans environ 70 % des cas.

Il n’y a pas de récidive chez les patients porteurs d’une mutation de la protéine MCP, car cette protéine est exprimée par les cellules du greffon. De même, les exceptionnels cas d’insuffisance rénale terminale associée à des déficits en protéase du facteur de von Willebrand sont exposés à la récidive. Dans tous les cas, il est préférable d’éviter les donneurs familiaux qui sont éventuellement eux aussi porteurs de mutations et prédisposés à développer un SHU. Actuellement, il est proposé d’effectuer la transplantation sous couvert de perfusions régulières de plasma tous les 15 jours à 3 semaines. Ce type de traitement n’a pas pu être évalué sur de grandes séries.

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Administrateur et rédacteur en chef du site Medical Actu

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