Oreille rouge

 

La constitution d’une oreille rouge peut être un motif de consultation d’une grande banalité ou au contraire être un élément diagnostique déterminant au cours de certaines maladies de système. C’est pourquoi il importe de ne pas négliger ce symptôme.

Le siège de la rougeur et son caractère uni ou bilatéral sont des éléments essentiels de l’orientation diagnostique.

Oreille rouge

Oreille rouge

ROUGEUR PASSAGÈRE DES DEUX OREILLES :

Il est très banal de constater une rougeur des deux oreilles au cours d’un flush (bouffée congestive du visage), mais parfois, ce flush est le motif de révélation de pathologies neuroendocrines rares (cf. chapitre Flushs). Une rougeur des oreilles peut également accompagner les bouffées de chaleur de la ménopause. Il est moins fréquent que la rougeur des oreilles (et parfois aussi du nez) accompagne un phénomène de Raynaud des mains et/ou des pieds.

NODULE DU PAVILLON :

Un nodule douloureux du bord libre de l’hélix droit d’abord faire évoquer un tophus goutteux, surtout s’il existe des accès douloureux articulaires du gros orteil ou du genou, ou des crises de colique néphrétique. Le dosage de l’uricémie et, dans les cas difficiles, le prélèvement du tophus avec un vaccinostyle pour rechercher des cristaux d’acide urique font le diagnostic.

En l’absence de goutte, on évoque le nodule douloureux du pavillon (Chondrodermatitis Nodularis Helicis) : petit nodule hyperalgique siégeant généralement au sommet de l’hélix, parfois centré par une petite dépression recouverte d’une rondelle, Lorsque ce nodule est douloureux la nuit, on peut être amené à en réaliser l’exérèse.

ROUGEUR LOCALISÉE :

Elle peut correspondre banalement à un eczéma, ou plus rarement à un psoriasis ; dans ce cas la constatation de lésions du cuir chevelu, des coudes ou des genoux, du sillon interfessier est un argument diagnostique important. Surtout il importe de ne pas méconnaître une connectivite et en particulier un lupus érythémateux systémique (cf. Polyarthralgies pour les critères diagnostiques du lupus).

Il ne faut pas non plus oublier que toute lésion apparemment banale du pavillon de l’oreille peut en fait correspondre à un épithélioma basocellulaire dont il faut rapidement réaliser l’exérèse avant que l’extension des lésions n’oblige à des délabrements plus importants.

ROUGEUR DE LA PARTIE CARTILAGINEUSE :

C’est la chrondrite aiguë du pavillon de l’oreille, réalisant une tuméfaction violacée, unie ou bilatérale, douloureuse spontanément ou au moindre contact. Argument capital, le lobule de l’oreille (non cartilagineux) est respecté. L’existence d’autres chondrites (du nez, des cartilages costaux, ou plus rarement de la trachée et parfois l’association avec une épisclérite confirment le diagnostic et orientent vers les deux causes principales : la polychondrite chronique atrophiante et la granulomatose de Wegener.

La polychondrite chronique atrophiante est une maladie systémique rare dont la gravité tient à l’atteinte de l’arbre trachéobronchique (dyspnée respiratoire, infections broncho-pulmonaires répétées) et la possibilité de lésions de la crosse de l’aorte (insuffisance aortique, anévrysmes avec risque de rupture).

La granulomatose de Wegener comporte des atteintes ORL (sinusites, otites), pulmonaires (nodules excavés) et rénale (glomérulonéphrite nécrosante avec insuffisance rénale rapidement progressive).

ROUGEUR DIFFUSE ET PERMANENTE :

L’oreille entière, y compris le lobule, est tuméfiée et très douloureuse.

Si le début est brutal avec une fièvre élevée et un écoulement purulent par le conduit auditif, il faut évoquer en premier lieu une otite externe maligne. La plupart du temps elle survient chez un diabétique déséquilibré et elle est due au Pseudomonas (pyocyanique). Le scanner de la mastoïde et du rocher et la scintigraphie osseuse permettent de dépister et d’apprécier l’extension de l’atteinte osseuse. Le traitement est urgent et repose sur les antibiotiques en voie intraveineuse dirigés contre le pyocyanique (ticarcilline, Imipeneme®, Fortum®).

Si l’évolution est plus chronique, l’oreille moins douloureuse, et la recherche de bactérie négative, il faut penser à une leishmaniose localisée au pavillon de l’oreille, donc rechercher un séjour en zone d’endémie. Le traitement est difficile et repose en particulier sur le Glucantime®.

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Administrateur et rédacteur en chef du site Medical Actu

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