Francisella Tularensis

Francisella tularensis a été isolée après la survenue d’une maladie nouvelle, pseudo-peste de l’écureuil, observée dans le Comté de Tulare en Californie en 1911. En 1921, Francis, bactériologiste américain, étudie l’agent causal et la pathogénie et fait le rapprochement avec une maladie connue chez le lapin et les bovins depuis le début du siècle dans l’Ouest américain. Il reconnaît le premier cas humain après contamination de laboratoire.

Francisella Tularensis
I – CARACTÈRES GÉNÉRAUX :

Il s’agit d’un bacille de petite taille (0,2 x 0,2-0,7 µm) polymorphe, à Gram négatif, à coloration bipolaire et immobile.

Aérobie strict, sa culture est lente sur milieux spéciaux enrichis.

Il est catalase positive, oxydase négative, produit du SH2 et acidifie certains sucres sans production de gaz.

Le genre Francisella est constitué de deux espèces : F. tularensis, agent de la tularémie et F. novicida isolée une seule fois et non pathogène.

II – HABITAT ET ÉPIDÉMIOLOGIE :

La tularémie est une maladie animale occasionnellement transmise à l’homme.

F. tularensis a une large distribution limitée à l’hémisphère Nord, mais les régions où les infections sont les plus fréquentes sont l’Amérique du Nord, aux U.S.A. et l’U.R.S.S., dans les républiques du Sud.

La bactérie a pu être isolée chez plus d’une centaine d’animaux sauvages et dans l’eau des zones où vivent ces animaux. Tous les mammifères, sauf l’homme, font une septicémie et les bactéries sont présentes partout au niveau du cadavre.

En France, les cas humains surviennent dans la majorité des cas (99 %) après un contact avec un lièvre malade ou un cadavre de lièvre. La contamination se fait par voie cutanée (la taille de la bactérie lui permettant de traverser la peau saine) ou par voie muqueuse, oculaire ou digestive (pharyngée). La contamination peut survenir beaucoup plus rarement après piqûre d’insecte, inhalation, morsure (chien, taupe,…), immersion en eau douée.

La maladie est apparue dans l’Est de la France en 1946 et s’est implantée dans différentes régions, Alsace, Indre, Périgord où elle est observée sur un mode sporadique. La contamination humaine est liée à la maladie du lièvre et à la survenue d’épizooties. Elle sera théoriquement plus fréquente en période d’ouverture de la chasse et des cas survenant en dehors de cette période pourront ne jamais trouver d’explications satisfaisantes (braconnage…).

La maladie est peu fréquente, avec une estimation de 20 cas humains environ en France en 1986.

III – POUVOIR PATHOGÈNE NATUREL :

Après 4-6 jours d’incubation survient une manifestation locale au point de pénétration (cutané, oculaire, pharyngé), plus ou moins fébrile (pseudo-grippal), accompagnée d’une réaction ganglionnaire. Selon la porte d’entrée, différents tableaux sont possibles :

– forme ulcéro-ganglionnaire des membres, la plus fréquente ; le plus souvent au niveau des membres supérieurs avec des lésions cutanées vésiculo-pustuleuses et une adénopathie axillaire volumineuse qui évolue vers une suppuration stérile traînante ;

– forme oculaire rare, avec conjonctivite unilatérale douloureuse et adénopathie pré-auriculaire ;

– forme amygdalienne, angineuse avec adénopathies sous-maxillaire et jugulocarotidienne.

IV – PHYSIOPATHOLOGIE – FACTEURS DE VIRULENCE :

La bactérie pénètre dans l’organisme par la peau ou les muqueuses, indépendamment de toute lésion. A partir de la zone de pénétration où se développe une petite ulcération, la bactérie infecte le système réticulo-endothélial et gagne par voie lymphatique les ganglions satellites, forme des granulomes et des zones de nécrose (micro-abcédation), rapidement stérilisées avec persistance de la suppuration.

La septicémie, qui est la règle chez l’animal, n’est jamais observée chez l’homme.

Dans l’organisme les souches virulentes possèdent une capsule qui ne semble ni immunogène ni toxique.

L’infection naturelle confère une immunité qui va persister plusieurs années. Les anticorps agglutinants restent à un titre élevé pendant longtemps.

V – DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE :

A – Produits pathologiques :

Au début de la maladie, la bactérie est présente au niveau de la sérosité de la lésion locale. Au niveau du ganglion la bactérie est présente pendant un temps court et l’auto-stérilisation survient après moins d’une semaine d’évolution.

B – Examen direct :

F. tularensis est un petit bacille à Gram négatif, à coloration bipolaire, mieux visible après coloration de Giemsa. Les souches virulentes possèdent une capsule.

C – Culture :

Cette bactérie ne peut pas être cultivée sur les milieux usuels qui doivent être enrichis avec de la cystéine ou de la thiamine et des globules rouges (humains, de lapin ou de mouton) (milieu de Francis, gélose ordinaire + cystéine, glucose et sang de lapin) ou à base de jaune d’oeuf. La culture est réalisée à 37°C en aérobiose et les colonies apparaissent en 2-4 jours. Les risques de contamination à partir des cultures sont très grands et imposent des précautions particulières. En pratique, le diagnostic direct n’est jamais réalisé, sauf dans des laboratoires spécialisés.

D – Identification – Pouvoir pathogène expérimental :

En fonction de caractères biochimiques, deux biovars sont décrits, F. tularensis biovar tularensis et biovar palaearctica.

Différents animaux, en particulier les rongeurs de laboratoire, sont sensibles à l’infection expérimentale. La souris est sensible et toutes les voies d’inoculation peuvent être utilisées y compris la voie cutanée par simple friction de la peau épilée.

Cette technique est précieuse pour les études épidémiologiques ou les recherches à partir de cadavres d’animaux.

E – Diagnostic indirect :

La recherche d’anticorps agglutinants est l’élément essentiel du diagnostic biologique. L’antigène est une suspension de bactéries tuées. Les anticorps apparaissent à partir du 10e jour et atteignent un titre maximal en 1 à 2 mois (1/1000 ou plus) et vont persister pendant des années. Il existe une parenté antigénique avec les Brucella et des réactions croisées ont été observées lors de brucellose. Toute présence d’anticorps agglutinants, même à un taux faible, doit être confirmée par l’examen d’un deuxième sérum.

La recherche de l’hypersensibilité à la tularine (autolysat de bactéries chauffées) après injection intra-dermique (tularino-réaction) est spécifique mais n’est plus réalisable par manque de réactif.

VI – TRAITEMENT ET PROPHYLAXIE :

Les souches sont sensibles aux différents antibiotiques de la famille des aminoglycosides, aux tétracyclines, au chloramphénicol, qui sont utilisés pour le traitement.

La prophylaxie repose sur l’information des personnes exposées (chasseurs, gardes chasse, braconniers !, travailleurs agricoles,…) en particulier lors de manipulation de cadavres d’animaux en zone infectée. Elle repose aussi sur la surveillance sanitaire des lièvres importés de pays d’Europe Centrale pour la repopulation de zones de chasse. Une protection efficace des sujets exposés est obtenue avec un vaccin à base de bactéries vivantes atténuées (utilisé en U.R.S.S.).